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Inhale profondément la fumée

Elles étaient éclairées par une lueur malsaine d’fluorescente. Elles s’appuyaient contre un mur au coin de l’avenue de Jérusalem et de la rue de Poznan. Elles se regardaient gentiment comme si tout allait bien, sans perdre de vue la rue qui glissait doucement. Ridées, maigrichonnes. Elles avaient depuis longtemps passé l’âge d’être aimées par des hommes inconnus. Une avec les cheveux jaunes à force de teintures bon marché, d’autres avec des boucles de traviole, portant un maquillage avec lequel elles avaient certainement dormi. En talons hauts usés. Elles fumaient. Elles inhalaient profondément la fumée.

– Je me demande si elles faisaient l’amour comme elles mangeaient. Irresponsablement, avec pénétration, avidement. – réfléchissait-elle en marchant lentement – Ce serait exactement comme moi. Elle n’avait pas de liaison qui ne soit pas dangereuse pour son estime de soi. Tout se transformait en vérification pour savoir si elle était importante.

Impeccable, avec la manie de se perfectionner. Elle enviait aux femmes du coin leur infime narcissisme. – Elles sont capables de s’exposer en ayant tellement à cacher. Comment choppent-elles les hommes ? D’où vient leur joie ? Comme leur nuit était différente de la mienne. Elle soupçonnait qu’elles savaient ce qu’était vraiment la nuit. – J’essaie de vivre, pas elles. Elles savent que ça ne vaut pas la peine d’essayer. Peu importe quelle vie on mène, le fait est de s’y donner entièrement. Soudainement, elle a arrêté de les appeler « prostituées » dans la tête. La prostitution n’est guère leur trait principal.

Venez avec nous. Il y a beaucoup de place ! – entend-elle soudainement.

Gênée par sa curiosité, elle essaie de leur montrer que tout va bien. Mais pour leur répondre, elle devrait être sûre qu’elle est vivante. Elle baisse les yeux et regarde ses chaussures trop petites. Elle se souvient qu’elle a l’air belle.

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